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31 août 2015 1 31 /08 /août /2015 10:16

En cette rentrée, le champ politique à gauche notamment, apparaît tel qu'en lui-même, dans son jus, pourrait-on dire.

Les désaccords se suivent, se ressemblent parfois, les polémiques surgissent, les identités se manifestent.

Les objets de dissensions ne manquent pas. Ils sont un combustible nécessaire.
La politique économique de la France, l'organisation du travail, la question de l'immigration, la place de l'Etat-providence, l'articulation des alliances...

Ces désaccords de "substance politique" sont là mais il ne sont rien en comparaison de ceux qui relèvent de cette métaphysique des identités de la gauche : gauche réformiste, gauche libérale, gauche nostalgique.

Là, on touche à des questions assises sur de hautes consciences d'appartenance. Il est recommandé de manipuler chacune de ces solutions chimiques avec la plus grande prudence tant il est vrai que leur densité apparaît des plus explosives.

C'est qu'elles sont chimiquement pures, on ne saurait les mélanger sans maîtriser préalablement et parfaitement leur constitution.

Si bien que le débat sur l'existence de l'unité divise.


Certains assurent qu'elle est nécessaire à n'importe quel prix, d'autres qu'elle ne peut se réaliser à n'importe quelle condition et avec n'importe qui et d'autres encore proposent un prix de vente pour la transaction... Enfin, certains assurent même l'avoir déjà vue... Ceci restant encore à prouver...

Dans ce contexte pourtant, une question se pose : comment les désaccords concernant la politique économique peuvent-ils être considérés, à gauche, comme supérieurs au combat contre une extrême droite qui se trouve aujourd'hui aux portes du pouvoir dans notre pays ?

En d'autres termes, comment est-il possible de concourir à ouvrir la voie à une politique d'apartheid, d'isolationnisme et d'inflation en prétendant poursuivre l'objectif de préparer l'avènement d'une politique plus à gauche que celle menée actuellement ?

Ne serions-nous pas là au cœur même de la métaphysique de la gauche nostalgique, à savoir le sacrifice de la transformation de cette société au bénéfice de la recherche d'une arrière-société chimiquement pure ?

Cette matrice n'est pas nouvelle, ce qui a changé c'est le contexte politique : la prévalence d'un conservatisme réactionnaire au sein de l'opinion, la prééminence idéologique de la droite extremisée et la prégnance du Front National.
En conséquence, on ne saurait ignorer que cette distorsion à gauche entre l'éthique de conviction et l'éthique de responsabilité peut devenir son véhicule funéraire en 2017.

Pour conjurer cette issue fatale, il est sans doute utile de commencer par le dépassement des natures, des substances, des identités politiques au sein de la gauche.
C'est la voie ouverte par Jean-Christophe Cambadélis qui propose un nouvel Epinay, une nouvelle ingénierie d'interface, de nouvelles porosités politiques.
L'articulation des gauches doit devenir supérieure à leurs substances politiques respectives.
Cela suppose de prendre congé de ces "brumes ontologiques" - réputées fondatrices - pourvoyeuses de solidarités mécaniques qui peuplent les partis de gauche.
Assises sur l'expression d'un désaccord, elle mutent en acte de foi, en bréviaire pour nouveau prophète socialiste.

Et de ce point de vue, le processus de congrès du PS agit comme un producteur, un accélérateur de divergences.
Dans le but d'accéder aux responsabilités nationales, il faut déposer une Motion et pour déposer une Motion, il faut construire une divergence politique.
Ces éléments organisationnels sont néanmoins largement insuffisants pour expliquer le degré de fragmentation actuel de la gauche.

Il faut encore y ajouter une appréciation conjoncturelle. La gauche au pouvoir est en prise avec les mutations qui prennent notre pays de convulsions économiques, industrielles, sociales, territoriales, écologiques, technologiques.
Le gouvernement a lancé son prototype économique modélisé sur la réindustrialisation massive, le soutien à la croissance et la réduction des déficits publics. A côté des débats sur la nature de l'équilibre de sa politique économique et sociale, devant l'impératif urgent de résultats concrets en matière d'emploi, il réforme notre pays avec diligence mais en omettant d'en donner le véritable sens.
Si la meilleure des politiques possibles peut se trouver réduite à l'exercice d'une compétence, d'une technique, alors, la raison d'être de la gauche s'estompe et la direction prise dans ses choix d'orientation s'oublie.

Dès lors, il convient de rappeler, en les fortifiant, la répartition des vocations : le gouvernement réforme le pays au quotidien, le Parti Socialiste produit le sens de la transformation éco-sociale.

La fragmentation de la gauche apparaît aussi et surtout comme étant culturelle et structurelle.
L'expression des divergences a muté en une véritable bataille des marques.
Désormais, la moindre des sensibilités ou sous-sensibilités politiques est dotée de son organisation propre, de sa marque, de son identité visuelle, de son logo, de son site internet, de sa stratégie de communication, de son plan médias, de son université d'été, de ses propres rencontres avec les partenaires de gauche, de ses propres votes à l'assemblée nationale...
La situation dans laquelle nous sommes plongés porte un nom : la concurrence libre et non faussée.

On peut penser que c'est pour le moins baroque pour des partis de gauche. C'est sans aucun doute le révélateur de la plus grande défaite de leur pensée.
Dans nos mouvements politiques qui ont naturellement rompu avec l'avant-gardisme trotskiste, la prise avec la société a pris ses droits et la société de marché s'est invitée au sein des partis de gauche.

Dès lors, nous assistons médusés à un spectacle où des acteurs politiques investissent dans des sensibilités comme on spécule sur des cotes en bourse.
La conjugaison de la culture de la société de marché et de la culture de la démocratie, légitime, encadre et accélère le processus de concurrence libre et non faussée entre responsables politiques.
Et cette libéralisation de l'exercice des désaccords ne se trouve faussée ni par une éthique de responsabilité de nature à préserver la cohésion d'un mouvement et-ou l'intérêt supérieur de la gauche, ni par l'ardente nécessité de créer les conditions de l'unité face à l'extrême droite dans notre pays.
C'est en ce sens que toute la gauche est aujourd'hui libérale. Ce n'est pas une question de substance mais de culture, de pratique et de structure politique.


C'est la raison pour laquelle il apparaît assez vain de recourir à un homme prétendument providentiel qui, porteur d'un ADN de rassembleur, serait en capacité de réunir ce qui est épars...
Il est urgent de casser cette culture du libéralisme stratégique au sein de la gauche. Il faut inventer des périmètres de régulation politique.


La question est là dans toute sa nudité : la gauche saura t'elle pour survivre, se rendre compatible avec la Vème République et franchir le premier tour de l'élection présidentielle ?

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Published by Samuel CEBE
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