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10 décembre 2015 4 10 /12 /décembre /2015 14:16
L'aporie de l'interdiction du F.N comme entrave au combat idéologique contre le F.N

C’est devenu, pour les surlendemains électoraux, un rituel, une tradition expiatoire, une aporie, une idée reçue par un nombre constant sans être imposant d’observateurs : la non-interdiction du Front National serait la preuve de sa compatibilité avec la République.

Le syllogisme est évidemment d’une légèreté confondante : chaque élection est ouverte aux partis républicains, le Front National se présente aux élections donc le Front National est un parti républicain.

La démonstration se poursuit en précisant que si le Front National est légalement autorisé à se présenter aux élections, c’est que c’est un parti républicain et non dangereux pour la France et qu’en conséquence, il faut se résoudre à ce qu’il obtienne des suffrages, gagne des élections et dirige des exécutifs.

Enfin, la thèse développée indique que si le Front National est véritablement un parti incompatible avec la République et représente un danger pour le pays, alors il faut de toute urgence l’interdire.

Cette théorie appelle plusieurs remarques :

1- Le principe de réalité ne permet aucunement à l'Etat, aujourd'hui, d'interdire ou de prévoir d'interdire par la loi un parti politique qui rassemble près de 6 millions et demi d'électeurs.

On peut toujours gloser sur cette ancienne possibilité de l'interdire qui a peut-être existé au milieu des années 80 mais nous sommes aujourd'hui en 2015.

2- La démocratie qui est certainement par nature le meilleur des régimes possibles, n'est pas pour autant édifiée dans la perfection du marbre du Parthénon mais dans une pâte humaine qui prévoit que tous les citoyens peuvent présenter leurs orientations et solliciter les suffrages des électeurs.

3- Ne pas interdire légalement le Front National ne signifie pas, à la faveur d'une relation de cause à effet réductrice et malvenue, que ce parti est d'essence républicaine. Le F.N habite dans la République sans être habité par la République. Ce parti d'extrême-droite est ontologiquement, idéologiquement non-républicain : il propose notamment le différentialisme culturel d'Etat, la remise en cause de la laïcité et incite à la fracturation du pacte républicain. Cesser de le dire reviendrait à passer sous silence une réalité empirique et à laisser fructifier des idées substantiellement contraires aux fondements de la République. Le F.N s'inscrit dans un rapport de duplicité vis à vis de la République qu'il nous revient de dénoncer et non pas d'éluder en lui concédant la compatibilité qu'il recherche avec la République. Non, le Front National s'il a, comme les autres, des élus, n'est pas un parti comme les autres.

4- Ne pas rechercher l'interdiction du Front National, c'est se donner les moyens de le combattre idéologiquement.

Et inversement, rechercher théoriquement l'interdiction du Front National, c'est se vouer à ne pas se donner les moyens de le combattre idéologiquement.

Or, tout l'enjeu est là : créer les conditions d'une contre-offensive dans le but de faire reculer le F.N dans les têtes afin de circonscrire le nombre de ses suffrages dans les urnes.

C'est sur le champ politique et non juridique qu'il convient de se situer.

5- La non possibilité / opportunité d'interdire légalement le Front National ne doit pas constituer un faire-valoir pour le Front National. Encore une fois, le sur-moi juridique ne doit pas étouffer la pensée politique, stratégique et tactique en la matière. Dans le cadre des élections régionales, il semble possible, nécessaire et utile de faire prévaloir l'éthique de conviction et de responsabilité républicaine sur toute autre considération, qu'elle soit de nature partisane ou essentialiste. Constituer des barrages républicains dans les Régions menacées par le F.N et où la gauche n'a aucune possibilité de l'emporter, ce n'est pas une dépossession de soi en sa qualité de militant de gauche, mais une forme de sublimation de l'engagement qui répond à l'impératif supérieur de la République. Et de ce point de vue, devant cette situation qui est à la fois importante, difficile et urgente, il semble opportun d'éviter le grand renversement de la cause et des effets. La seule pensée de la possibilité de victoire du F.N dans ces Régions y compris dans un contexte de barrage républicain, ne peut pas être un motif sérieux pour se résigner à cette issue probable mais non certaine, pour se recroqueviller sur de misérables enjeux de sauvegarde d'élus minoritaires et pour annihiler toute capacité de mobilisation politique.

Il existe une ardente obligation de moyens et de service au bénéfice de la République. Si la gauche ne le fait pas, qui le fera ?

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Published by Samuel CEBE
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