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14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 06:29

 

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Dans sa victoire à l'élection présidentielle, la gauche a qualifié son orientation qui est celle du changement.
Elle a ainsi, en la personne de François HOLLANDE, su incarner une  alternative par rapport à l'existant et créer les conditions de  l'alternance dans la République.
Un peu avant et un peu après la fin subite de son chef, la droite  considéra que son revers était de nature à étourdir la France.
Suggérant par la même que la gauche c'est la France à l'envers et la droite la France à l'endroit.
En suivant une telle assertion, le suffrage universel serait alors rangé au magasin des accessoires et ne serait plus que le supplément  d'âme d'une avantageuse répartition préexistante et rituelle : à la  droite, le pouvoir, à la gauche, la contestation du pouvoir...

 

Dans le déploiement d'une dialectique "ami-ennemi" sans concession pour la République, la droite oppose la gauche à la France et lui fait le procès de l'incompatibilité avec la nation...
Le soir où il fut défait, Nicolas SARKOZY donna le ton : "Je ne serai jamais comme ceux qui nous ont combattu. Nous aimons notre pays."
La droite du jour dénie ainsi à la gauche la faculté de servir la France. Rien de moins... Vous conviendrez avec moi qu'il serait ardu d'en dire plus...

La gauche et l'anti-chambre du pouvoir.

Dans la vision "UMPiste" tout se passe comme si la droite était consubstantiellement vouée à demeurer au pouvoir. L'accès de la gauche aux responsabilités ne pourrait se produire qu'à la faveur d'un accident, d'une conjonction d'aléas.
Elle serait le résultat d'un symptôme qui témoignerait d'un malaise passager de la France, à guérir au plus tôt...
Une situation d'exception qui ne ferait que confirmer la règle communément admise selon laquelle la droite est "conçue" pour le pouvoir et la gauche matricée pour s'y opposer...
En réclamant pour elle-même la marque déposée "France éternelle", l'UMP s'arroge la propriété ontologique de notre pays en indiquant le rapport exclusif qu'elle entretiendrait avec lui...

 

Est-ce à dire que la gauche représenterait "la France temporaire" ? La gauche serait ainsi la fille illégitime de la France ...?
La droite avance pourtant 2 dialectiques contradictoires :
-D'une part, une vision maurassienne qui oppose le pays réel (où elle élit volontiers domicile) au pays légal qui serait par nature éloigné de la France éternelle. Schéma de lecture très largement développé durant la campagne électorale par Nicolas SARKOZY ;
-D'autre part, une vision gaullienne pétrie de l'évidence, qui s'imposerait à la raison de chacun-e-, selon laquelle la France serait dotée, avec la droite, d'un propriétaire...

Et il faut bien que la droite française produise un choix entre sa réclamation du pays réel opposé à ce qui tient force de loi et sa revendication en légitimisme qui semble nous dire : "Nous sommes depuis des temps immémoriaux, la loi."
Dépassant ainsi la notion de production de la loi par celle de "l'étant de la loi."

 

L'alternative contre l'endroit et l'envers.

C'est l'existence même de l'alternative qui, au sens propre du terme est un choix entre deux possibilités distinctes, qui est frappée de nullité par la droite.
Pour cette dernière, comme l'indique son slogan de campagne législative : "Ensemble, choisissons la France", il n'y a, si l'on peut dire, qu'un choix.
Comme si les électeurs étaient tous potentiellement des exilés fiscaux...
Il est à noter que ce slogan est un contre-sens. Sous couvert d'exhorter les français à choisir, il ne leur laisse pas le choix... 
Puisque toute option "autre" serait contraire à la France. Et pourquoi pas ennemie de celle-ci ...?
Réthorique relative à "l'ennemi de l'intérieur" propre aux 
cousinades thématiques UMP-FN de la campagne présidentielle.
On remarquera que tous les mouvements politiques, à l'exception notable de l'UMP, respectent la valeur fondatrice du choix devant la pluralité des offres politiques différenciées qui seule permet, dans une démocratie digne de ce nom, de proposer afin de le réaliser, un possible.
Or, dans sa disgrâce, ce parti sans doute touché par la tentation d'être unique, semble se morfondre aujourd'hui dans une nostalgique volonté de restauration. Mais de restauration de quoi...?
Tous les autres mouvements politiques, à la faveur de l'usage du mot alternative (ou de ses figures diverses) utilisé fautivement (sous l'influence de l'anglais) dans le sens d'une seconde option, valident la concurrence des projets, l'expression de la démocratie et l'affirmation de la liberté de vote du citoyen.

 

L'alternance contre l'envers et l'endroit.

L'alternance est avant tout le prolongement d'une conjonction entre une aspiration au changement et une offre de changement. Elle est également une preuve nécessaire et irréfutable que le rapport au pouvoir est empreint d'impermanence et non pas de permanence.
Au bout de 23 années d'absence de la gauche de la gouvernance nationale, la victoire de François MITERRAND en 1981, démontra par l'exemple que les socialistes au pouvoir c'est possible.
En 1988, "la force tranquille" qualifia l'idée selon laquelle la gauche, c'est durable.
En 2012, l'élection de François HOLLANDE rappelle que l'élection d'un Président socialiste, c'est normal !
Dès lors, le procès du jour intenté à la gauche sur sa prétendue incapacité à "administrer" la France, sur sa prétendue illégitimité et sur sa prétendue incompatibilité avec la nation, apparait comme étant gentiment désuet et anachronique...
Sinon pour le moins déplacé, au regard du passif laissé par la droite sur le plan de la dette, des comptes sociaux, du niveau du chômage, de la fracture territoriale et fiscale... Notamment...

 

L’habitation contre la cohabitation au sein de l’exécutif.

 

L’équilibre… Une notion qui, en politique, suscite des interprétations multiples sinon controversées…

Il y a l’équilibre institutionnel notamment entre l’exécutif et le législatif qui est une condition d’un fonctionnement régulier de nos institutions.

Il y a l’équilibre propre à une nécessaire séparation des pouvoirs chère à Montesquieu, en particulier entre celui qui relève du politique et celui qui relève du judiciaire. (Son rétablissement ne sera d'ailleurs pas un luxe...).

Il y a l’équilibre d’une politique qui, passant outre une vision fragmentée de la société, s’adresse à tous les citoyens.

 

Mais alors qu’est-ce donc que ce « nouvel équilibre » brandi par la droite du moment qui n’est rien d’autre que la volonté d’imposer à la France une cohabitation de 5 ans ?

Si ce n’est la confusion, l’incohérence, la limitation de l’action publique… ?

On a déjà vu un Président de la République placé dans cette configuration refuser de signer les ordonnances (même si, de notre point de vue, c’était pour la bonne cause…).

On a pu constater un Premier Ministre subir des engagements européens de la France qui furent contraires à sa politique de relance au niveau stato-national…

Cela existe, donc. Mais comment ignorer que c’est toujours au détriment de l’action publique ?

 

Et ce d’autant plus que :

-Le passage du septennat au quinquennat alourdit la dimension d’incompatibilité de la cohabitation (qui passe de 2 à 5 ans) avec le service de l’Etat.

-L’inversion du calendrier voulue par Lionel JOSPIN ajouté à la coincidence des mandats présidentiel et législatif pour un temps entier de 5 ans, renforce la nécessité de la cohérence entre les 2 têtes de l’exécutif.

-L’interdépendance croissante entre la politique européenne et la politique nationale exige une continuité de l’orientation portée par le Président de la République d'une part et par le Premier Ministre d'autre part.

 

Au-delà des arguments déroutés d’une droite du moment en pleine déroute, il faut se souvenir que tous les cadres de la droite française et en particulier les gaullistes, défendent depuis toujours « l’habitation » d’une seule et même politique par les deux têtes de l’exécutif.

 

La résurgence de ce canal historique conforme à la plus grande épure du mouvement gaulliste nous vient de la récente déclaration de M. GUEANT : « Institutionnellement, par principe, je pense que ce n’est pas l’esprit de la Vème République qu’il y ait une cohabitation. L’esprit de la Vème République, c’est qu’il y ait une puissance d’action publique et que par conséquent il y ait une cohérence, au sein de l’exécutif, entre le gouvernement, le Président et l’Assemblée Nationale. »

 

Une fois n’est véritablement pas coutume,… Mais, sur ce point, je suis tout à fait d’accord avec Monsieur GUEANT.

 

Les 10 et 17 juin, donnons, dans l’esprit de la Vème République, une majorité forte au Président afin qu’il ait la puissance d’action publique suffisante et nécessaire pour conduire le changement voulu par les français.

 

 

 

 

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