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18 novembre 2014 2 18 /11 /novembre /2014 10:56

 

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LETTRE AU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE

Monsieur le Président,

 

La Première Guerre mondiale, avec son cortège de 60 millions de combattants, de 20 millions de blessés, de 9 millions de morts, de 4 millions de veuves et de 8 millions d’orphelins aura été un théâtre de l’horreur humaine sans précédent.

 

Aujourd’hui, alors que les derniers acteurs de cette tragédie ont disparu, qu’une généreuse fraternité a remplacé la férocité belliqueuse des nations et que, selon les termes de Victor Hugo « l’esprit de conquête a été transfiguré en esprit de découverte », il est grand temps d’honorer nos morts, tous nos morts, et de reconnaître, sans distinction aucune, qu’ils l’ont tous été pour la France.

 

La France peut affirmer sa volonté et s’engager pour la réhabilitation collective des 650 fusillés pour l’exemple de la guerre de 1914-1918.

 

Rendre un juste et légitime hommage à ces soldats, c’est les reconnaître à part entière pour ce qu’ils furent : des hommes qui ont combattu pour la France.

 

Immergés dans la boue, dans l’atrocité des combats, jusqu’au bout de la souffrance humaine, ils ont néanmoins fait front, au milieu d’une indicible sauvagerie, armés de leur courage et d’une souveraine humanité.

 

Rien ne pourra jamais décrire autant que ceux qui l’ont vécu, l’horreur dans laquelle ils ont été plongés.

 

Et c’est devant cette mémoire-là que nous sommes aujourd’hui engagés dans notre responsabilité de français et plus encore dans celle des femmes et des hommes qui ont à reconnaître ceux qui sont morts dans le devoir et dans la dignité.

 

Cela fait un siècle que ce conflit a débuté et jamais depuis sa conclusion, en dépit des multiples demandes déjà formulées, l’Etat n’a reconnu la mémoire de ceux qui ont pourtant bel et bien existé, combattu et livré jusqu’à leurs ultimes forces d’hommes debout qui sont tombés pour la France.

 

Et c’est bien dans le tumulte de la Grande Guerre que l’arbitraire les a abattus. C’est aujourd’hui dans la sérénité de la paix qu’un esprit de justice doit les élever.

 

C’est l’idée que nous nous faisons de la France, la France qui au-delà de tout, est une grande idée. C’est « cet esprit qui les fit vivre qu’il nous appartient aujourd’hui de suivre. »

 

Les « fusillés pour l’exemple » doivent rejoindre dans une seule et même mémoire le corps de tous ceux qui, durant cette guerre, sont morts pour la France.

 

Comment, alors que notre conscience collective porte les marques de l’insupportable tri d’entre les vivants, prendrions-nous aujourd’hui une incompréhensible responsabilité de faire un tri d’entre les morts ?

 

François MITTERRAND, en serrant une main fraternelle à un chancelier allemand, avait tenu à unir ceux qui sont morts de part et d’autre du Rhin. Considérant qu’avant d’être des soldats, ils furent nos pères et que nous sommes aujourd’hui leurs fils qui se voient comme des frères.

 

Notre volonté se trouve là : unir nos morts dans la mémoire nationale et réconcilier les vivants.

 

A la faveur d’une réhabilitation collective comme les britanniques l’ont fait pour leurs aïeux en 2006.

 

Honorer ceux qui sont tombés trop tôt et reconnaître tous ceux de leurs descendants dont le nom sera réhabilité trop tard.

 

Rien ne serait pire en effet, qu’ils ne le soient jamais. Tout doit être fait afin qu’ils le soient pour toujours.

 

Le grand JAURES avait ce souci de la mémoire qu’il exprima magnifiquement dans son discours à la Chambre des députés en 1910 :

"Oui, nous avons, nous aussi, le culte du passé. Ce n'est pas en vain que tous les foyers des générations humaines ont flambé, ont rayonné ; mais c'est nous, parce que nous marchons, parce que nous luttons pour un idéal nouveau, c'est nous qui sommes les vrais héritiers du foyer des aïeux ; nous en avons pris la flamme (…) »

 

Il nous appartient, par cette juste réhabilitation, d’en garder la cendre, de consolider la mémoire vive qui unit ceux qui sont morts ensemble, celle qui unit toutes les générations de France, celle qui nous unit toujours aujourd’hui et pour de nombreux lendemains.

 

En ce sens, je vous demande d’œuvrer pour que la France prononce la réhabilitation collective des 650 « fusillés pour l’exemple » de la guerre de 1914-1918.

 

Je vous prie de croire, Monsieur le Président de la République, en l’assurance de ma profonde considération.

 

Samuel Cèbe

Premier Secrétaire Fédéral du P.S du Tarn

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